Le jour où j’ai embarqué Dakota.
J’avais coupé 20 ans. Lorsque j’ai quitté le sud de la France d’où je viens, j’ai aussi quitté ma grande amie qui m’avait offert l’opportunité de passer toute mon adolescence jusqu’à l’âge adulte avec les chevaux.
Je suis partie la boule au ventre pour rejoindre le Finistère où je suis restée 20ans.
Sur la route, j’étais tellement triste de quitter mon amie et ses chevaux avec qui j’avais tout appris, que je n’avais plus le goût d’approcher un cheval.
20 ans après, les chevaux reviennent dans ma tête et me lâchent plus. C’est alors que j’ai « acheté » Dakota.
J’avais envie de parlé de séparation…
Séparer le cheval de son groupe, comment le vit-il ?
Lorsque Dakota est montée dans le camion, je n’en revenais pas de me dire que cette superbe jument était « mienne ».
Et pourtant, personne n’appartient à personne, c’est encore un truc d’humain…Une amie qui m’avait accompagnée pour la visite d’achat et aussi venue la chercher.J’étais donc derrière avec ma voiture en suivant le camion dans lequel Dak était montée.
Lorsque nous nous sommes engagée dans le chemin longé par les paddock où les autres chevaux étaient, ils ont appelé Dak et elle répondait à plein poumons dans le camion, ça m’a brisé le coeur, et j’en ai même versé des larmes, je l’arrachais de son groupe, je coupais les liens qu’elle avaient tissé, je la forçais à venir vivre ailleurs avec d’autres.
On parle d’émotions d’humains mais on oublie trop souvent, les émotions des chevaux.
Au-delà des émotions de peurs qu’ils peuvent exprimer avec lesquels on doit composer, on oublie les émotions autres.
Et si les chevaux avaient aussi de la peine ?
Depuis, à chaque fois que je vois une annonce de cheval à vendre, je ne peux m’empêchais de repenser à ce que Dakota et ses collègues se sont « crié » lorsqu’elle a disparue de leur vie.
Ce n’est pas post à sortir les mouchoirs ou faire culpabiliser mais qui a pour objectif de nous mener sur la réflexion de ce qu’ils vivent eux, de leur côté, dans leur intérieur, lorsqu’on s’en sépare. Sans jugement aucun, nous avons tendance à penser tellement à ce que nous, nous souhaitons faire, qu’on en oublie souvent les répercutions que cela a de leur côté.
*photo: Dak le jour du départ.

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